Ré-inauguration d’un monument-aux-morts des premiers combats de la guerre franco-prussienne de 1870

 

C’est avec la dépêche d’Ems du 13 juillet 1870 que le conflit entre la France et la Prusse devait déboucher sur une guerre ouverte entre les deux pays. Le 19 juillet 1870, l’Empereur Louis Napoléon déclare la guerre au roi de Prusse Guillaume 1er. Le 2 août 1870, le Général Frossard prend la ville de Sarrebruck sans combats et la quitta trois jours plus tard.

Le 6 août 1870 et alors qu’a simultanément lieu la bataille de Frœschwiller-Wœrth en Alsace, une bataille eu lieu aux portes de la ville de Sarrebruck, sur les hauteurs du village qui lui donnera son nom : la bataille de Spicheren. Le 7 août 1870, les troupes de Napoléon III se retireront du terrain de combat sous le commandement du Maréchal François-Achille Bazaine afin de se reconstituer autour et dans la place-forte de Metz. Pour cette seule journée du 6 août 1870, 5.000 soldats prussiens ou allemands ainsi que 3.000 soldats français mourront ou seront portés-disparus sur les hauteurs de Spicheren.

Un de ces soldats s’appelait Louis Victor Weinmann. Il était né le 2 septembre 1824 à deux heures du matin, fils d’Adrien Fromental Weinmann, 30 ans, cordonnier de métier et de Marie Éléonore Louise Hiblois, son épouse âgée de 24 ans. Après avoir débuté dans la vie professionnelle comme peintre en miniatures, Louis Victor entra à 18 ans et demi comme engagé volontaire au 24ème régiment d’infanterie de ligne, le 23 février 1843 à Epernay dans la Marne. Il y devint caporal le 19 septembre 1843, caporal de grenadiers le 11 septembre 1844, caporal-fourrier le 2 mai 1847, sergent-fourrier le 23 juillet 1848, sergent le 17 octobre 1848, puis  sergent-fourrier de voltigeurs le 1er février 1949, enfin sergent-major le 17 avril 1849 et termina donc provisoirement sa carrière comme sous-officier. Rengagé à effet du 23 février 1852, il devint sergent–major de grenadiers le 23 janvier 1853, adjudant le 28 juillet 1854, sous-lieutenant le 30 décembre 1854, lieutenant le 8 novembre 1857, capitaine le 18 avril 1867. Du 18 avril 1859 au 8 avril 1963, il rejoignit l’armée d’Afrique basée en Algérie puis l’armée du Rhin en 1870, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort survenue suite à ses blessures à la bataille de Spicheren, le 6 août 1870.

 

C’est à cette date qu’il prit part à la bataille en combattant au grade de capitaine au 2ème bataillon, 4ème compagnie du 24ème régiment d’infanterie de ligne où il fut grièvement blessé par un éclat d’obus dans le dos. Laissé sans doute pour mort sur le terrain, il fut pris en charge par le service sanitaire allemand. Les hôpitaux de Forbach et de Sarrebruck étant surchargés de blessés pendant les premiers jours suivants la bataille, il fut dirigé vers l’hôpital militaire de campagne ouvert à côté de l’hôpital minier de la ville de Sulzbach/Sarre. Il décédera cependant au cours de son transport des suites de sa blessure, le 9 août 1870 à 16.00 heures. Comme il fut alors coutume, il fut inhumé provisoirement au cimetière de Sulzbach, le temps que la famille récupère son corps. Début 1900 et après un échange de plusieurs courriers en français avec le ministère de la guerre de France, le « Kriegerverein » de Sulzbach -« Association de combattants » qui a la charge de s’occuper des veuves et orphelins de guerre, mais aussi du devoir de mémoire pour les camarades moins chanceux et qui deviendra plus tard une association de réservistes- obtint de la France l’autorisation de ré-inhumer le corps du capitaine en compagnie d’autres soldats notoires allemands d’infortune dans une grande tombe sur laquelle sera dressé le monument-aux-morts de 1870 qui allait être inauguré en 1903. Pour cette occasion, les honneurs militaires lui furent rendus, son régiment et sa dernière famille connue (rue de Vesles/Reims) invités. Depuis, son nom et son régiment sont gravés sur l’obélisque de ce monument.

 

C’est à l’occasion du Volkstrauertag 2014 (un peu un mémorial-day allemand) que j’avais été sollicité pour retracer la vie du capitaine Weinmann. Le soir-même de la cérémonie, nous déposions deux gerbes aux couleurs françaises et allemandes au pied de cette stèle. Devant l’état de délabrement du monument, je décidais, quelques-jours plus tard, de demander une audience auprès du bourgmestre de la ville. Monsieur Michael Adam me donna l’autorisation de restaurer le monument. A partir de février 2015 et avec l’accord du service de la protection du patrimoine allemand, l’Association des Sous-Officiers de Réserve de Sarreguemines et environs a créé une initiative citoyenne en vue de la sauvegarde et de la restauration de ce monument à envergure européenne, qui était déjà devenu en 1903 un magnifique symbole de solidarité et d’amitié entre les belligérants de 1870. Entre le défrichage et la ré-inauguration de ce monument, nous avons obtenus le soutien de nombreuses personnes : dons d’argent, dons de matériaux, conseils en restauration, mise à disposition d’archives, même l’armée allemande nous avait mis 30 hommes à disposition pour remettre en état les abords du monument.  

Le 6 août 2016, c’est-à-dire le jour du 145ème anniversaire de la bataille de Spicheren, le monument fut ré-inauguré à 11 heures en présence de Monsieur Gilbert Gobel Président National Adjoint et Président de l’U.A.S.O.R.  Zone de Défense Est, de Monsieur Hubert Ostermaier, Président de l’U.D.A.S.O.R.  de la Moselle. Des associations de réservistes ainsi que des associations patriotiques venues des deux pays, le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (VDK : équivalent du Souvenir Français), l’armée allemande et le public furent présents. Après avoir souhaité la bienvenue aux invités et à l’assemblée, Monsieur Michael Adam, Bourgmestre de la ville de Sulzbach entama son discours avec la phrase suivante : « cette tombe est à la fois un lieu de recueillement pour les victimes de guerre et d’actes de violence, un symbole de l’amitié franco-allemande, ainsi qu’un signe de paix pour l’avenir ». Après un tracé de la restauration de ces deux dernières années et un rappel du contexte historique par notre initiative citoyenne, les aumôniers militaires catholique et protestant procédèrent à la bénédiction du monument. Quatre gerbes furent déposées aux pieds des soldats. Au moment du recueillement, une trompette joua l’hymne « ich hatt‘ einen Kameraden ».

Après la cérémonie, un vin d’honneur et un repas de cohésion eurent lieu ainsi qu’une exposition temporaire relative à la période 1850-1900.

 

Dominique KUNZ

Président A.S.O.R. de Sarreguemines et environs.

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